Coronavirus
 20.03.2020, 22:18

Coronavirus: «La solution suisse a l'avantage d'éviter des situations catastrophiques comme en France ou aux Etats-Unis »

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Eric Bonvin, directeur général de l'Hôpital du Valais, informe qu'il y a désormais cinq cas atteints de coronavirus aux soins intensifs de Sion contre deux hier.

PANDEMIE Aujourd’hui, le directeur de l’Hôpital du Valais évoque avec nos lectrices et lecteurs la décision du Conseil fédéral, les semaines cruciales à venir, la problématique des masques.

Eric Bonvin, que pensez-vous de la décision du Conseil fédéral de ne pas passer au confinement, mais d’amender les réunions de plus de cinq personnes? 

Le Conseil fédéral subit une pression très forte lors de chacune de ses décisions. Il semble avoir choisi la tactique du confinement progressif et la décision du jour fait partie en quelque sorte de cette stratégie. Celle-ci a en tout cas un avantage, celui d’éviter des situations catastrophiques comme la France ou les Etats-Unis les ont vécues. Ces deux pays ont décrété brutalement le confinement et cela a débouché sur des scènes d’attroupements festifs en prévision des privations à venir, ce qui a probablement contribué de manière significative à la propagation du virus. Enfin, la prise de décision du Conseil fédéral est sans doute ajustée à la mentalité suisse et a ainsi davantage de chance d’être assimilée par notre population. 

La décision du Conseil fédéral est ajustée à la mentalité suisse et a davantage de chance d’être assimilée par notre population

 

Le Conseil fédéral demande en quelque sorte aux citoyens un confinement volontaire. Et dans le même temps, elle laisse continuer le travail sur les chantiers et dans les usines où les mesures d’hygiène sont difficiles à respecter. 

C’est à chaque fois une pesée d’intérêts compliquée à réaliser. Aujourd’hui, il ne doit plus y avoir de comportement inadéquat et, de ce point de vue, c’est bien que la police puisse amender. Bien que n’être que cinq sur un chantier sans devoir se toucher soit souvent difficile à réaliser, cela n’est cependant pas impossible. Cela permet de garder un minimum d’activité nécessaire à notre fonctionnement collectif. 

La Suisse a connu 1000 cas de plus en une seule journée. Est-on au sommet du pic de contamination? 

Non, il semble que nous n’en soyons qu’à l’amorce de la vague. Il va falloir maintenant se préparer à gérer son déferlement avec l’augmentation de personnes malades et, parmi elles, celles qui sont à risque de complications. Il faut attendre au moins dix jours avant de constater les effets d’une mesure prise et ce qui va se passer dans les prochains jours sera, de ce point de vue, crucial. L’attitude de la population joue en l’occurrence un rôle tout à fait déterminant dans cette évolution. Si elle n’applique pas les mesures dans sa très grande totalité, nous pouvons nous attendre, à terme, à une mesure de confinement obligatoire. 

Quelles sont ce soir les statistiques hospitalières en matière de coronavirus? 

Aujourd’hui à 16 heures, le Valais comptait 300 cas positifs au Covid-19, parmi lesquels 39 sont hospitalisés à l’Hôpital du Valais, dont 5 en soins intensifs.

L'inquiétude a généré un réflexe de surprotection qui a eu comme effet une surconsommation de masques

 

Un lecteur nous demande pourquoi dans ces chiffres, on ne parle pas des cas qui sont guéris alors qu’il y en a? 

Nous ne connaissons que partiellement le nombre de cas positifs au Covid-19 et il est dès lors difficile de connaître avec exactitude le nombre de personnes rétablies. Nous pouvons par contre connaître le nombre de personnes qui sortent de l’hôpital après avoir été positives au virus. Mais cette donnée est également difficile à interpréter puisque ce sont en très grande majorité des personnes qui souffrent d’autres troubles graves associés, qui ont souvent au moins autant d’impact sur elles que le coronavirus. Cette remarque est cependant pertinente et nous tenterons de donner des informations à ce sujet dès la semaine prochaine. Rappelons cependant que, globalement,  près de 99% des personnes atteintes seront, à terme, guéries.

Plusieurs lecteurs nous disent que des stocks de masques ont été volés à l’Hôpital du Valais. Est-ce vrai? 

L’inquiétude a généré une sorte de réflexe de surprotection, ayant eu pour effet de générer surconsommation de ces masques, à l’Hôpital comme ailleurs. On ne peut cependant pas parler de vol. J’ai déjà évoqué dans ces colonnes le risque de pénurie. Aujourd’hui, je peux vous assurer que toutes les personnes qui travaillent directement avec les patients hospitalisés pour le Coronavirus sont parfaitement équipées et que les voies d’approvisionnement sont en train de se reconstituer. 

Certains instituts qui ont dû fermer possèdent des masques. Doivent-ils vous les livrer? 

Oui, s’ils sont certifiés et non périmés. Nous avons malheureusement reçu des masques qui ne remplissaient pas toujours ces deux conditions. Mais nous ne refusons pas des masques en parfait état qui nous sont envoyés. 

Deux lectrices se demandent comment, dans le pays de l’industrie pharmaceutique, on n’arrive pas à produire de masques en urgence? 

Ce n’est pas un problème suisse, mais un problème européen, avec la délocalisation de ce type de compétences vers la Chine. De plus, la production de ces masques se fait précisément dans la région de Wuhan, qui a été fortement touchée par l’épidémie et qui a dû être confinée jusqu’à présent. C’est un peu le serpent qui se mord la queue. Il semble cependant que la région de Wuhan se remet en activité et que la production de masques est en train de reprendre, ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour nous.

Je répondrai à vos questions aussi longtemps que cela sera utile à la population valaisanne durant cette pandémie qui va se prolonger des semaines, voire plusieurs mois.

 

Dernière question sur les masques. Un lecteur nous fait remarquer qu’à la télévision, tout le monde les porte en Italie et en Chine, alors qu’ici vous dites qu’ils ne servent pas à protéger une personne qui n’a rien. Il n’y comprend plus rien. 

Cette impression est surtout la conséquence d’un effet d’«image» médiatique. Dans les médias, une image avec un masque et avec une combinaison est plus parlante qu’une image ordinaire, si bien que ce seront toujours ces images qui seront utilisées pour symboliser la maladie. Pour l’Ebola, on a encore tous en tête ces images de gens en combinaison. C’est le même phénomène pour le coronavirus et il a pour effet d’entretenir une image qui ne correspond pas forcément à la réalité. Je le répète cependant, une personne qui ne présente pas de symptôme ne se protège pas avec un masque dans la vie ordinaire. Le masque n’a d’utilité qu’afin de permettre aux personnes malades de protéger les personnes saines et aux soignants qui sont très proches d’elles de se protéger.

Un lecteur nous demande si les fumeurs sont plus touchés que les autres parmi les malades hospitalisés pour le coronavirus? 

Si la fumeuse ou le fumeur a déjà une faiblesse respiratoire ou cardio-vasculaire en raison de la cigarette, sa santé sera évidemment plus fragile et donc plus à risque. Mais un fumeur occasionnel sur qui la cigarette n’a pas encore eu de tels effets n’est pas considéré comme étant à risque. 

Un autre expose sa situation: «Trois couples dans la septantaine vivent en confinement total. Peuvent-ils prendre à midi leur père centenaire qui lui aussi vit en confinement total dans un autre immeuble?»

Il faut être certain que ces trois couples et le centenaire ont été en confinement total pendant la potentielle période d’incubation du virus, qui est passée désormais de cinq à dix jours. Si c’est le cas, je pense que le risque est vraiment moindre et qu’un repas de midi en commun est possible, tout en respectant scrupuleusement les mesures d’hygiène.

Eric Bonvin, il y a une semaine que vous répondez aux questions des lectrices et lecteurs du «Nouvelliste». Pensez-vous devoir le faire encore pendant combien de temps? 

Aussi longtemps que cela sera utile à la population valaisanne durant cette pandémie qui va certainement se prolonger durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Durant cette période, il m’importera cependant aussi de témoigner de l’assiduité, du courage et de l’abnégation des soignants qui œuvrent au quotidien dans la lutte contre les méfaits de cette redoutable épidémie. Autant de bonne raisons de maintenir ce rendez-vous. 
 
Vous pouvez envoyer vos questions pour Éric Bonvin à vincent.fragniere@lenouvelliste.ch 

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