Le terroir valaisan

Une Evolénarde cultive l'art de jardiner sans jamais cesser de s'émerveiller

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Potagers 1/2 Légumes et fleurs colonisent à leur guise le potager et les terrasses de Marie-Claude Eggs. Un joyeux cafouillis, orchestré avec talent par cette passionnée du jardinage.

 24.09.2021, 08:00
Marie-Claude Eggs récolte ses premières pommes de terre bleues. Que son fils Hadrien -  chef de l’hôtel Eden à Evolène - aura tôt fait de transformer en chips croquantes.

Que ce soit au Jura où elle a grandi ou dans le Valais où elle vit depuis 1977, «faire du jardin», comme le dit si bien Marie-Claude Eggs, se pratique toujours de la même façon. A quelques nuances près. Altitude oblige.

 «A Evolène, j’ai dû renoncer aux dahlias. Ils sortent trop tard de terre et sont aussitôt dévorés par les limaces. Ainsi qu’à l’envie d’un verger. Mais j’ai la chance d’avoir un grand cerisier. Ses fruits se partagent avec les poules et les geais.» 

Pour le reste, elle adapte ses plantations sur base d’expérimentations constantes. Son constat: «Les épinards, carottes, rhubarbes se plaisent en montagne, de même que les choux, courgettes, voire même des pâtissons et des potirons si l’on y croit très fort.» 

Une valeur sûre du potager Les fleurs jaune soleil de la courgette se consomment notamment en beignets. © Sacha Bittel


Son potager, pentu et paillé, regorge de poireaux, navets, radis, salades, fenouils, patates, oignons, fèves Windsor, petits pois nains et grimpants, haricots nains. 

«Cette année, je tente le coup avec les haricots à rame. J’ai déjà testé les artichauts et je cultive des asperges. C’est plus empirique que productif mais quel plaisir!» 

Marie-Claude relativise aussi ses échecs. Les limaces, omniprésentes en cet été pluvieux, ont eu raison de ses semis de concombres. Quant aux melons, c’est clair: ils n’arrivent jamais à maturité. 

Les herbettes ont la vie belle

En revanche, la montagne est le paradis des herbettes et aromatiques. Estragon, sarriette, thym, anis, sauge, origan, persil, ache, coriandre, aneth, bourraches blanche et bleue poussent à foison. 

Romarin et laurier restent en pot. «Je sèche aussi des fleurs pour colorer mes salades et j’élabore du savon avec ma camomille, peut-être même du shampoing cet automne.» 

Une cueilleuse expérimentée

A ceci s’ajoute un instinct de cueilleuse sauvage qui l’amène à faire bombance d'épine-vinette, de myrtilles, de fraises des bois et de champignons. 

«Mes parents m’ont appris à consommer ce que la nature nous offre, notamment des petits fruits pour les birchers, les desserts ou simplement pour le plaisir de la dégustation immédiate.»

Son tempérament de sauvageonne se retrouve dans sa façon de concevoir et travailler le jardin. Bien que son chalet soit posé en bord de route, l’écrin vert de Marie-Claude se devine sans se dévoiler pour autant aux passants. 

Une mise en scène de pots de plantes réussie, à l'abri du soleil, entre l'entrée du chalet et la terrasse. © Le Nouvelliste


Pour accéder à son labyrinthe végétal, il faut grimper quelques marches, se faufiler entre les rochers, s’accrocher au fil des poules pour progresser, trouver un passage dans un univers de plantes se déplaçant à leur gré et de fleurs surgissant là où on ne les attend pas. 

Une cascade de bégonias lumineux pour illuminer un endroit ombragé.© Le Nouvelliste


S’ajoute à cela une armada de pots et terrines recelant des semis, des agapanthes lumineuses, des plantes grasses, des rejets de saule pleureur. Le toit végétal des garages est envahi par les fleurs et fraisiers sauvages.

«Laissons un peu de spontanéité au jardin, laissons faire la nature le plus possible. J’arrose un minimum et uniquement au pied des plantes.»

«Je prépare des purins et des décoctions mais sans m’acharner si les maladies ou les ravageurs gagnent la partie.»

La nature reprend ses droits Le toit des garages végétalisé est devenu le territoire de fleurs sauvages dont des orchidées et des fraises des bois. © Sacha Bittel


Au fil des saisons 

Dès le mois de mai, Marie-Claude sort la «grelinette» pour gratter son potager préalablement amendé de compost de poules, pour enlever les dents-de-lion avant floraison et les grandes berces des champs. 

C’est le bon moment pour les semis précoces sous protection comme la salade à tondre. 

Dans sa maison, elle regarde pousser les tomates, des précoces de Sibérie et des tomatillos du Mexique pour la salsa verde. 

«Elles migreront ensuite à l’extérieur. Je les tiens à l’œil. Et pour la récolte, on verra bien quelle surprise elles nous réservent.»

Pieds d’Alouette, lupins, pivoines, sauges, eschscholzias sont autant de restaurants à papillons. © Sacha Bittel

 

Après la Saint-Didier, les haricots sont semés en pleine terre. Les fraisiers ont besoin d’être désherbés et paillés; les pieds de framboisiers sont calfeutrés avec des copeaux «maison».

Le temps est venu de semer des fleurs dont des ipomées, de sortir les géraniums du garage «pas trop tôt mais pas trop tard non plus», de forcer les bégonias géants à la cuisine. 

«On ne décide rien avec eux! Ils n’en font qu’à leur tête». 

Dans un caisson de jardin, nigelles de Damas tutoient des rejets de lilas et cytises. «Mon cytise a déjà 30 ans. Et comme ces arbres ne vivent pas longtemps, si je peux faire repousser des jeunes, c’est joli!» 

Quand un cactus sauvage de la plaine se complaît en altitude. © Sacha Bittel


Les cétoines raffolent des pivoines. Ça tombe bien. Moi aussi!
Marie-Claude Eggs, passionnée du jardin à Evolène


Laissez-les respirer! Même les plantes d’intérieur ont leur place estivale au jardin. ©Sacha Bittel


Récoltes tardives

Les premières récoltes de salade à tondre interviennent fin mai au gré de la météo. De même que les asperges forcées sous toiles de plastique noir. 

Les oignons nouveaux plantés l’automne précédent se récoltent rapidement. Les petits pois arrivent à maturité fin juillet. Le pic des haricots se situe mi- et fin août. 

Le plus original de tous les oignons! ©Sacha Bittel


LES BELLES DECOUVERTES DE MARIE-CLAUDE
L’oignon rocambole se récolte en cueillant ses bulbilles aériennes. Si on les oublie, la tige casse et les bulbilles se replantent d’elles-mêmes.
Le poireau perpétuel est un poireau de petite taille cultivé davantage comme une plante condimentaire. Ses feuilles ont une saveur très fine.

«En montagne, tout est décalé et tardif! Mais il y a toujours à faire. Et ça me va car je ne sais pas me poser dans un fauteuil. C’est la neige qui stoppe mon élan.» 

Un perpétuel émerveillement 

Finalement Marie-Claude, qu’est-ce qui vous plaît à ce point-là au jardin? «J’aime observer la nature, son développement grâce à la lumière, la photosynthèse, le travail des insectes et autres bestioles.» 

Même les sauvageonnes sont les bienvenues. © Le Nouvelliste


«Je suis très copine avec les vers de terre, les iules (mille-pattes détritivores, consommant feuilles et bois morts), les cloportes, les escargots aux coquilles si décoratives et les belles cétoines.» 

«Et par la force des choses, avec les cerfs et chevreuils qui viennent prendre leur part du gâteau!» 


A lire aussi: Cet article peut être lu gratuitement dans notre magazine. «Terroirs». 

Total bio. Les conseils de Marie-Claude Eggs

•    Engrais verts : la phacélie, jolie plante à floraison mauve bleutée, est un engrais vert reconnu pour sa croissance et sa dégradation rapides. Elle étouffe les mauvaises herbes et renouvelle les éléments nutritifs du sol. 

•    Purin d’ortie : anti-pucerons, préventif contre les maladies fongiques et biostimulant. 

•    Purin de rhubarbe : excellent répulsif contre les pucerons. Efficace aussi pour lutter contre le ver ou la teigne du poireau et la teigne de la carotte. 

•    Purin d’ail : utile quand les altises attaquent les choux, radis et moutardes. Ces minuscules insectes criblent les jeunes pousses de petits trous circulaires qui contrarient leur croissance. 

•    Terre de Diatomée : ce vermifuge pour les poules est efficace contre les limaces. Sinon, Marie-Claude utilise aussi des coquilles d’œuf, du marc de café et vous conseille d’introduire des limaces léopards inoffensives pour le potager mais friandes d’œufs de petites limaces voraces. 




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